Si le changement de poste de l’ancien banquier a tant défrayé la chronique, c’est parce qu’il comportait une certaine part d’incompréhension. Malgré sa transparence et son efficacité dans la collecte des recettes de l’État, il y a ici ce qui semble être une rétrogradation.
On pourrait penser que la cause est le non-paiement d’une part de dette arrivée à échéance en novembre 2024. C’est peut-être ce qu’on a voulu faire croire. Seulement, c’est là que les choses se compliquent car les prérogatives entre le ministère des Comptes publics et celui de l’Économie prêtaient alors à confusion.
Ce dernier était seulement chargé d’émettre des ordonnancements afin que le premier rembourse la dette. Force est de constater que malgré les ordres de paiements émis en novembre par l’Économie, le Trésor n’a pas payé les créanciers. Plus tard, le ministère des Comptes publics a d’ailleurs reconnu que l’argent a été utilisé pour des dépenses sociales et stratégiques, tout en souhaitant qu’il y ait encore plus d’argent à disposition.
À ce moment et malgré cette précision, aucun média n’est revenu sur le fait de faire porter l’entière responsabilité au désormais ancien ministre de l’Économie. Sur plusieurs articles, le ministère des Comptes publics n’était pas mentionné, comme s’il n’avait rien à voir avec cette histoire et ce même après avoir reconnu que le paiement de la dette lui incombait.
Il est vrai que nous pouvons contrebalancer le bilan de Mays Mouissi en mettant en opposition les recettes records et l’efficacité des mesures pour lutter contre la vie chère. Néanmoins, il est invraisemblable que la cause de ce chamboulement soit liée à la prétendue incompétence de celui qui, quelques semaines avant, avait publié un bilan convaincant de ses 365 jours à l’immeuble Arambo.
Quelques heures plus tard, nouveau coup de tonnerre : Mays Mouissi est appelé pour être entendu à la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI) pour une audition. Selon certains, elle souhaitait l’interroger pour des soupçons d’enrichissement et de perception de retrocommission sur le contrat faramineux avec la société turque Karpoweship. D’autres en revanche ont parlé d’une simple procédure routinière. En effet, le ministre des Transports s’étant livré au même exercice de déclaration de biens, trois jours avant.
C’est alors que Radio France International (RFI) et Gabonreview indiquent qu’il s’agit d’une procédure spéciale. Le deuxième média aurait contacté le bureau du procureur de Libreville qui a tenu à rappeler qu’il n’était pas accusé et qu’il aurait pu bien être entendu en tant que témoin. RFI a précisé qu’il n’était pas le seul à être convoqué, plusieurs autres personnalités l’étaient également. Étonnamment, certains médias n’ont fait leur une et leurs reportages que sur la convocation de Mays Mouissi. D’ailleurs, Gabonactu a ensuite contredit RFI en affirmant que Charles Mba n’y était que pour la procédure d’usage et non pour des soupçons d’enrichissement illicite.
À ce stade, il est assurément difficile de démêler le vrai du faux et tout ceci suscite un certain nombre d’interrogations.
- Tous les autres ministres y étaient pour une procédure de routine excepté Mays Mouissi ?
- Pourquoi de nombreux médias ont fait une fixette sur celui-ci alors même que d’autres étaient appelés à être entendus ?
- Pourquoi ces médias si prompts à relayer la convocation à l’audition de l’ancien responsable éthique du groupe Carrefour, se font si discrets sur le compte-rendu des échanges. N’était-ce donc qu’un pétard mouillé visant à nourrir une campagne de dénigrement ?
La quasi concentration de la couverture médiatique sur le nouveau ministre de l’Environnement, la multiplicité des articles et reportages sur l’audition dénote cruellement du silence qui s’ensuit. Peut-être aurons-nous encore de nombreux articles au conditionnel, qui n’ont aucune valeur factuelle et sont un festival de “aurait”, “devrait”, “pourrait”, dont le résultat n’est rien d’autre que de la suspicion. Beaucoup veulent savoir pourquoi il y a désormais une opacité sur la teneur des échanges entre Mays Mouissi et la CNLCEI.